
Les êtres humains détruisent les écosystèmes dont ils ont besoin pour vivre [1]. C’est une histoire qui se répète [2] et paradoxalement s’aggrave [3], au cours de l’histoire de notre évolution. L’IPBES, organisme international d’étude de la biodiversité, a en effet publié cette année des rapports sur la biodiversité actuelle au niveau planétaire [4] : la vie de l’être humain sur Terre va devenir de plus en plus difficile, la biologie de son environnement se meurt. Tous les scientifiques ne s’accordent pas sur ces observations de déclin de la biodiversité [5, 6] ce qui peut tourner en querelles académiques [7], dont le seul intérêt peut être de voir que de grands enjeux sont liés à l’état présent et futur de la biodiversité en relation avec les activités humaines comme par exemple l’agriculture [8] ; on observe malheureusement un lien entre le recul de la biodiversité et la production de denrées alimentaires.
Un écosystème dont on veut sauver la biodiversité se transforme très vite en un sujet complexe à étudier. On doit prendre en compte l’ensemble des différents gènes, des espèces et des fonctions biologiques qui s’y trouvent [9]. On mesure sa richesse, nombre des formes de vie uniques, sa stabilité, équilibres entre les êtres vivants de l’écosystème, et son hétérogénéité, différences entre les êtres vivants. Tout ceci implique du travail de terrain tout autant que des mesures satellitaires [10]. Des initiatives pour la biodiversité au niveau international [4] et national [11] s’organisent ce qui est bien, mais cela veut aussi peut-être dire qu’on se rapproche d’une limite qui si elle est franchie pourrait poser des problèmes globaux. Du côté des bonnes nouvelles on sait que les écosystèmes ont naturellement tous une forme de résilience du point de vue de la biodiversité. Les paramètres qui la caractérisent sont toujours en mouvement : ainsi des espèces disparaissent mais d’autres apparaissent grâce au phénomène de spéciation [12]. Certes les mécanismes de l’évolution conduisant à l’établissement de la population d’une espèce nouvelle sont plus longs que le temps nécessaire aux activités humaines pour continuer à mettre en danger la biodiversité globale. Mais il est important de prendre cette notion en compte comme un des paramètres sur lequel on pourrait jouer de manière à favoriser le retour de la biodiversité à un état stable dynamique où un turnover des espèces a lieu sans pour autant chambouler un écosystème et le mettre en mode rupture. Et surtout en dehors de se rassurer avec cet aspect dynamique de la biodiversité, on peut aussi s’appuyer sur la protection et l’utilisation raisonnée de la biodiversité dans certaines régions du monde ; l’Amérique du sud, en particuliers le Brésil et la Colombie, et plus au nord le Mexique qui représentent à eux seuls 30% de la biodiversité mondiale [13].
A l’heure actuelle nous avons toujours à la fois besoin d’utiliser les ressources de l’environnement pour pouvoir y survivre. De plus la plupart d’entre nous voulons tous accéder à une qualité de vie plus positive ce qui ne peut le plus souvent se réaliser que par une exploitation toujours plus intensive de l’environnement. Il est donc on ne peut plus probable que la biodiversité soit de plus en plus menacée si rien ne change. Il vaudrait donc quand même mieux s’inquiéter maintenant des causes de son déclin actuel. Avec des écosystèmes qui fonctionnent de plus en plus chaotiquement, on pourrait redécouvrir très vite à quel point nous les 7,6 milliards d’êtres humains sont dépendants de leur environnement pour le pire (mais aussi pour le meilleur). Voudra-t-on mettre en place des solutions entre la sanctuarisation de tous les environnements et une myriade d’excès de leur utilisation court-termiste ? La biodiversité est pourtant une des meilleures clefs d’accès pour les êtres humains aux solutions dont ils continueront à avoir besoin pour leur survie et leur qualité de vie. Protéger la biodiversité c’est nous protéger.
Bibliographie
[1] https://www.lemonde.fr/planete/article/2018/03/23/sur-tous-les-continents-la-nature-et-le-bien-etre-humain-sont-en-danger_5275433_3244.html
[2] The present, past and future of human-caused extinctions . Diamond JM. Philos
Trans R Soc Lond B Biol Sci. 1989 Nov 6;325(1228):469-76; discussion 476-7.
[3] The future of biodiversity. Science. Pimm SL, Russell GJ, Gittleman JL, Brooks TM. 1995 Jul 21;269(5222):347-50.
[4] https://www.ipbes.net/event/ipbes-6-plenary
[5] Planetary Boundaries for Biodiversity: Implausible Science, Pernicious Policies. Montoya JM, Donohue I, Pimm SL. Trends Ecol Evol. 2018 Feb;33(2):71-73.
[6] A review of the relationships between human population density and biodiversity .Luck GW. Biol Rev Camb Philos Soc. 2007 Nov;82(4):607-45.
[7] Planetary Boundaries: Separating Fact from Fiction. A Response to Montoya et al. Rockström J, Richardson K, Steffen W, Mace G. Trends Ecol Evol. 2018
Apr;33(4):233-234.
[8] The expansion of modern agriculture and global biodiversity decline: An integrated assessment.Lanz, B., Dietz, S., & Swanson, T. (2018). Ecological Economics, 144, 260-277.
[9] Biodiversity loss and its impact on humanity. Cardinale BJ, Duffy JE, Gonzalez A, Hooper DU, Perrings C, Venail P, Narwani A, Mace GM, Tilman D, Wardle DA, Kinzig AP, Daily GC, Loreau M, Grace JB, Larigauderie A, Srivastava DS, Naeem S. Nature. 2012 Jun 6;486(7401):59-67.
[10] Biodiversity monitoring, earth observations and the ecology of scale. Anderson CB. Ecol Lett. 2018 Jul 13.
[11] https://www.consultation-plan-biodiversite.gouv.fr/
[12] Speciation gradients and the distribution of biodiversity. Schluter D, Pennell MW. Nature. 2017 May 31;546(7656):48-55.
[13] Latin America and International Day for Biodiversity. Moyer 2018 https://www.nrdc.org/experts/erika-moyer/latin-america-and-international-day-biodiversity
La ville du XXIème siècle, sanctuaire de biodiversité ?
Elle prend souvent l’apparence d’une forêt de béton, d’acier et de verre mais une ville c’est aussi un possible havre de paix pour la faune et la flore. Les abeilles dont les ruches sont installées en plein Paris nous le démontrent : elles produisent leur miel sans être perturbées par des phytosanitaires qui les mettraient en danger si leur aire de butinage se trouvait dans une zone agricole. Des populations d’abeilles qui s’accommodent bien d’un milieu urbain et sont plus protégées que dans leur milieu naturel d’origine ! Mais alors serait-il possible d’appliquer ce potentiel inattendu de la ville pour booster la biodiversité de la faune et de la flore de nos campagnes ?
Dans une ville ou à sa périphérie il y a souvent des voies de circulation arborées, des parcs, et des jardins (botaniques, ouvriers et privés) qui jouent un rôle important dans l’amélioration du microclimat urbain,”un arbre apportant autant de fraîcheur que 5 climatiseurs” (https://rmc.bfmtv.com/emission/rechauffement-climatique-un-arbre-apporte-autant-de-fraicheur-que-5-climatiseurs-1501865.html). Des espaces verts publics urbains pourraient constituer un bioréseau permettant la préservation de la biodiversité faunistique et floristique des campagnes avoisinantes à la ville. Des biochemins reliant zones de campagne et le bioréseau assureraient les échanges faunistiques et floristiques entre celles-là et celui-ci. Le bioréseau fonctionnerait comme un refuge et un donneur de biodiversité pour les campagnes. Un bioréseau serait constitué d’espaces verts urbains existants et nouveaux reliés entre eux ou non. Ils pourraient prendre la forme d’espaces clos sur le modèle de celui développé à la bibliothèque François-Mitterrand.

Faune et flore prospéreraient dans ces jardins clos du bioréseau urbain fonctionnant comme des réservoirs de biodiversité connectés par des biochemins avec les zones de campagne où elle est amoindrie. Soumis aux lois de la ville, toutes espèce animale ou végétale y serait protégée. Les animaux échappent ainsi à la chasse, au braconnage, et aucune espèce animale ou végétal ne serait affectée par la pollution liée aux activités agricoles. Bien sûr ce type de projets nécessiterait des investissements importants, imaginer des biochemins reliant les espaces campagnards à un bioréseau parisien ! Mais veut-on laisser la ville à son niveau de pollution urbaine actuel et laisser agoniser la biodiversité de nos campagnes alors qu’en faisant communiquer la campagne et la ville, chacune peut devenir le booster de la biodiversité de l’autre ? La ville a les conditions adéquates pour préserver et redonner à une campagne la biodiversité qui peut venir à lui faire défaut. Et réciproquement la faune et la flore des campagnes peuvent prospérer dans un refuge urbain où la biodiversité peut se fortifier et au passage améliorer le microclimat de la ville. Un centre urbain du XXIème siècle a le potentiel de devenir une nouvel élément de civilisation, l’écoville qui améliore la qualité de vie de ses habitants et en même temps protège la biodiversité des campagnes qui l’avoisinent. L’écoville unité de société et incubateur de la biodiversité.
Bibliographie
• Benefits and Uses of Urban Forests and Trees. Tyrväinen L. 2005
• Urban Cooling Potential System Losses from Microclimates. Meggers F. 2015
• Repurposing Vacant Land through Landscape Connectivity. Newman G. 2017
• https://rmc.bfmtv.com/emission/rechauffement-climatique-un-arbre-apporte-autant-de-fraicheur-que-5-climatiseurs-1501865.html
• https://www.theguardian.com/environment/2014/jun/09/air-conditioning-raising-night-time-temperatures-us
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Pourquoi les abeilles disparaissent
Les abeilles sont en danger. Et c’est probablement des activités humaines qui en sont la cause.

Depuis au moins 100 millions d’années elles sont les alchimistes du nectar des fleurs [1]. Mais le résultat de leurs rondes et vols incessants ne se limitent pas à nous permettre d’agrémenter petits déjeuners, en-cas et desserts grâce au miel que nous leur soustrayons. Les abeilles sont les pollinisateurs les plus importants, elles rendent visite à plus de 90% des 107 espèces de plantes qui sont les plus cultivées au niveau mondial [2]. On estime que 5 à 8 % de la production des plantes cultivées dans le monde seraient perdues en l’absence de la pollinisation par les abeilles et autres animaux. Des changements de régime alimentaire seraient inévitables pour la population humaine et un accroissement énorme des surfaces mises en culture serait nécessaire pour compenser ce manque à gagner par rapport aux volumes de productions agricoles correspondants. Nous ne facilitons vraiment pas la tâche aux abeilles. Heureusement l’utilisation d’insecticides néonicotinoïdes qui sont en grande partie responsables du syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles vont bientôt être interdits [3]. Mais cela pourrait ne pas être suffisant pour sauver les populations d’abeilles. Par exemple, certaines pratiques apicoles comme l’importation de reines provenant d’écosystèmes différents de celui des autres abeilles de la ruche peuvent fragiliser les colonies [4]; si les reines importées pondent leurs oeufs en janvier-février ce n’est pas le meilleur moment dans notre pays pour que les abeilles nourrissent la nouvelle génération. La transhumance des ruches pour suivre les diverses époques de floraison est aussi une pratique souvent néfaste pour les abeilles en cela qu’elle accroît le risque de propagation de maladies. On devrait souligner qu’on les aide quand même nos abeilles puisque dans les moments de disette on leur donne du sirop de sucre. Et cela n’a même pas l’air d’avoir de conséquences négatives sur leur santé [5, 6, 7]. Toutefois certains chercheurs font remarquer que cette aide peut se révéler malvenue puisque les abeilles échappent ainsi à la sélection naturelle ce qui leur donnent moins de possibilités de pouvoir s’adapter à un nouvel environnement.
Les abeilles vont peut-être s’en sortir. Mais Walmart n’en est pas sûr vu que le géant US de la vente en supermarché a patenté une abeille robot autonome [8]. Celle-ci n’est pas prête d’égaler les capacités écologiques des vraies abeilles. Il est donc à peu près inévitable d’avoir à s’activer pour sauver les abeilles. Et ce n’est pas seulement pour continuer à manger du miel, c’est aussi pour nous éviter des problèmes écologiques et économiques qui ne manqueraient pas d’arriver.
Bibliographie
[1]https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/la-plus-vieille-abeille_3637
[2] Safeguarding pollinators and their values to human well-being – Potts 2016
[3]http://agriculture.gouv.fr/le-point-sur-linterdiction-des-substances-neonicotinoides-en-france
[4] CNRS le journal 2016 – https://lejournal.cnrs.fr/articles/pourquoi-les-abeilles-disparaissent
[5] Expanding the Limits of the Pollen-Limitation Concept: Effects of Pollen Quantity and Quality – Aizen 2007
[6] Insulin-like peptide response to nutritional input in honey bee workers-Ihle 2014
[7] Appetitive olfactory learning and memory in the honeybee depend on sugar reward identity-Simcock 2018
[8] Robotic bees for crop pollination: Why drones cannot replace biodiversity – Potts 2018
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Le son est un moyen de communication très important pour la faune marine vu que la lumière du soleil est très vite arrêtée par l’eau. Alors sous les flots le concert est permanent. A priori on pourrait croire qu’avec une salle de concert représentant 70% de la surface du globe et dont la structure n’a besoin que d’eau tout animal marin a une très grande latitude pour se faire entendre. Mais l’intru humain met à mal ce réseau planétaire d’échanges d’information sonore par ses activités aux conséquences cacophoniques pour la faune marines : conversations interrompues, détection difficile des autres, blessures et comportements létaux. Heureusement des initiatives existent pour la prise de conscience et la remédiation des graves effets de la pollution sonore en milieux marins :
Bruit et fureur dans les océans

https://one-voice.fr/fr/blog/bruit-et-fureur-dans-les-oceans.html
One Voice dépeint une solution alarmante de la pollution sonore des océans. Échouements de cétacés, perturbation des habitudes comportementales des mammifères en général, déséquilibre de la chaîne alimentaire sont autant de problèmes qui surviennent à cause des activités humaines que leur but soit une croisière ludique, la mise en place d’un parc éolien offshore ou encore des manœuvres militaires. Vous aurez alors certainement envie d’aider la faune marine en demandant aux décideurs de mieux la protéger par exemple par le biais de la “Directive – cadre stratégie pour le milieu marin” de la Commission Européenne (2008/56/CE)
AQUO (Achieve QUieter Oceans by shipping noise footprint reduction)

http://www.aquo.eu/
Le projet AQUO vise à diminuer la pollution sonore engendrée par les bâtiments de la marine marchande. Avec un tel consortium incluant les fauteurs de troubles sonores et des chercheurs des secteurs public et privé on devrait espérer une bonne analyse de la problématique acoustique océanique et la génération de solutions technique et organisationnelle/opérationnelle pour y remédier. C’est l’avis de la Commission Européenne qui finance AQUO.
Les mers ont des oreilles

https://lejournal.cnrs.fr/articles/les-mers-ont-des-oreilles
Le CNRS tire la sonnette d’alarme sur les conséquences acoustiques des activités humaines dans le milieu marin. On a même observé des accidents de décompression chez des mammifères marins remontant trop vite à la surface alors qu’ils sont effrayés par une nuisance acoustique. La pollution sonore marine peut aussi avoir des conséquences biologiques, si des animaux s’entendent moins bien, cela pose des problèmes pour qu’ils se retrouvent et cela affecte le brassage génétique de leur espèce.
SABIOD (Scaled Acoustic BIODiversity platform)

http://sabiod.univ-tln.fr/
Ce projet interdisciplinaire du CNRS fournit une bonne description des enjeux de la bioacoustique en général et pour le milieu marin en particulier.
Bibliographie
• Bruit et fureur dans les océans – https://one-voice.fr/fr/blog/bruit-et-fureur-dans-les-oceans.html
• AQUO – http://www.aquo.eu/
• Les mers ont des oreilles – https://lejournal.cnrs.fr/articles/les-mers-ont-des-oreilles
• Do whales get the bends? https://news.nationalgeographic.com/2015/08/150819-whales-dolphins-bends-decompression-sickness/
• SABIOD (Scaled Acoustic BIODiversity platform) – http://sabiod.univ-tln.fr/
• Directive 2008/56/CE du Parlement Européen et du Conseil du 17 juin 2008 – https://eur-lex.europa.eu/legal-content/fr/TXT/?uri=CELEX%3A32008L0056
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https://www.arte.tv/fr/videos/080756-000-A/cameroun-la-terreur-verte/
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Le cauchemar de Darwin

Résumé du film par Rachel Aubert :
« Les rives du plus grand lac tropical du monde, considéré comme le berceau de l’humanité, sont aujourd’hui le théâtre du pire cauchemar de la mondialisation. En Tanzanie, dans les années 60, la Perche du Nil (Lates niloticus), un prédateur vorace, fut introduite dans le lac Victoria à titre d’expérience scientifique. Depuis, pratiquement toutes les populations de poissons indigènes (soit pratiquement 200 espèces différentes) ont été décimées. La biodiversité connaît alors une chute dramatique dans le lac Victoria. De cette catastrophe écologique est née une industrie fructueuse, puisque la chair blanche de l’énorme poisson est exportée avec succès dans tout l’hémisphère nord. Son commerce, devenu florissant, alimente depuis près de vingt ans les tables et les restaurants des pays du Nord, avec des exportations qui peuvent dépasser 500 tonnes de filets de poissons par jour. Ladite perche est préparée sur place dans des usines financées en partie par les organisations internationales et seules la tête (partie du poisson généralement préférée en Afrique) et la carcasse restent pour nourrir la population locale.
Cette exploitation du lac est encouragée par l’Union européenne, client principal de cette industrie de la perche du Nil. Cette industrie est la principale activité économique du pays. Autour de cette exportation massive se développent tous les trafics liés à une urbanisation intense et brutale (usines de traitement). Pêcheurs, politiciens, pilotes russes, industriels et commissaires européens y sont les acteurs d’un drame qui dépasse les frontières du pays africain. »
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Prise de conscience et effort participatif pour une lutte contre le dérèglement climatique et la déclin de la biodiversité :

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Quelle biodiversité ?

Traduction de l’article Biodiversité de Sahotra Sarkar [1] de la page 104 à la page 106
Article original en anglais : https://tinyurl.com/yabjnzo2
Introduction
‘Biodiversité’ est la traduction du néologisme anglais ‘biodiversity’ contraction de ‘biological diversity’ une expression apparue dans le milieu des années 1980 pour décrire les objectifs des biologistes de la conservation par rapport à la préservation des écosystèmes. Avec cette nouvelle expression on élargissait les activités de conservation habituelles vers des espèces qui n’étaient plus seulement du gibier, une ressource économique ou encore une espèce symbole. Le nouveau concept de biodiversité signifiait qu’on allait prendre en compte le phénomène biologique au sens large, c’est-à-dire dans toute son hétérogénéité d’un point de vue structurel avec tous ses acteurs; d’un point de vue fonctionnel par l’étude de ce qui se passe dans un écosystème et d’un point de vue phylogénétique (généalogie entre les espèces). Au cours des années 1990 il y eu une synergie entre la biologie de la conservation et le concept de ‘biodiversité’ : celle-là se répandait de plus en plus et celui-ci était de plus en plus utilisé. A la rareté des études sur la biologie de la diversité dans les années 1980, une seule référence en 1988, on passe à un accroissement du référencement du mot-clef ‘biodiversité’, 72 fois, et ‘biologie de la diversité’, 19 fois, en 1993. Concurremment des journaux scientifiques commencent à utiliser le mot biodiversité dans leur nom dès 1991, avec par exemple, ‘Canadian Biodiversity’. La société de la biologie de la conservation (‘Society for Conservation Biology’) fut fondée en 1985 et son journal ‘Conservation Biology’ a commencé à paraître en 1986.
Le but des activités de la biologie de la conservation c’est la préservation de la biodiversité.
EFFETS NORMATIFS
[Note : comment concilier l’aspect normatif de la biodiversité but concret de la biologie de la préservation qui peut paradoxalement aboutir à des objectifs de statu quo biologiques alors qu’un écosystème même stable est dynamique, soumis aux variations continuelles de multiples facteurs qui aboutissent au long terme non pas à sa préservation mais à ce qu’il change ?]
Le concept de biodiversité a un aspect normatif en même temps qu’un aspect descriptif parce qu’au départ c’est la biologie de la conservation qui en fait usage. En effet pour elle la biodiversité se traduit en but concrets par rapport aux projets dont elle est en charge. Pour bien comprendre le concept de biodiversité il est donc impératif d’examiner son aspect normatif qui se décline en 5 thèmes dans le contexte de la formulation d’une politique de conservation :
1. Justification de la biodiversité
En éthique de l’environnement la notion même de protection de la biodiversité est fragilisée en ce que son aspect normatif qui constitue une de ses justifications est un sujet motivant des opinions bien différentes. D’un côté on a une vision de la biodiversité où celle-ci est de facto une bonne chose en elle-même et par voie de conséquence justifiée par la valeur de tous les groupes vivants ainsi que de celle des paramètres physico-chimiques de l’environnement. Mais cette valeur intrinsèque de la biodiversité est plus convaincante quand on la rattache à des organismes individuels plutôt qu’à des concepts plus abstraits comme l’espèce ou d’autres groupes taxonomiques. On notera que le choix du niveau taxonomique pour lequel la biodiversité aurait le plus de sens et pourrait se justifier le mieux ne fait pas encore l’objet d’un consensus, comme certains philosophes considèrent une espèce comme étant un seul individu. De l’autre côté il y a ceux qui justifient qu’on protège la biodiversité parce qu’elle est nécessaire pour que les êtres humains aient accès aux ressources dont ils ont besoin pour vivre. Entre ces deux positions extrêmes il y a bien sûr des écoles de pensée ayant des positions intermédiaires basées sur un certain niveau d’acceptation de chacune des deux. Tout ceci révèle que la biodiversité ne peut solidement se justifier par ses aspects normatifs. En conséquence la biologie de la conservation et elle-même fragilisée vu que son but explicite est devenue de conserver la biodiversité.
2. Définition du fondement normatif de la biodiversité
Qu’est-ce que les conservateurs en biologie se doivent de préserver ? C’est la question clef pour définir les normes de conservation de la biodiversité. Si chaque organisme individuel a une valeur en lui-même, la biologie de la conservation devrait vouloir préserver chacun d’eux. Ainsi il devient même éthiquement problématique de protéger l’habitat d’une espèce endémique en danger en exerçant un contrôle sur une autre espèce qui serait elle considérée comme invasive. La biologie de la conservation devient alors un enjeu de protection des vies individuelles plutôt que d’empêcher l’extinction d’une espèce. La justification de la conservation biologique peut à l’opposé être purement d’une nature d’opportunisme matériel ; les efforts de conservation deviennent synonymes de gestion des ressources naturelles et le concept de ‘biodiversité’ n’est alors plus qu’une nouvelle manière de parler de ressources naturelles vivantes.
3. Mise en place du fondement normatif de la biodiversité
La manière dont les normes d’un plan de biodiversité sont mises en place influencent l’esprit et la pratique d’une politique de conservation. De nos jour la conservation biologique est planifiée en se basant sur la théorie de la décision ce qui en revient souvent à déléguer les décisions à des programmes informatiques. Ce type de méthode implique que les décisions dans le domaine de la biologie de la conservation sont fondamentalement anthropocentriques. Elles sont prises par des méthodes plutôt mécaniques sans grande possibilité d’ajustement et issues de préférences humaines. Si la conservation de la biodiversité devait se baser sur des normes axées sur la valeur en elle-même des organismes d’un écosystème, cette approche de la biologie de la conservation nous conduit sur la mauvaise voie.
4. Mise en pratique d’un plan de biodiversité
Les normes qui sont définies pour un plan de biodiversité conduisent à colorer la manière dont il sera scientifiquement énoncé et mise en pratique. Supposons par exemple qu’une définition bien excentrique de la biodiversité donne une grande valeur à la souris commune, Mus musculus, ainsi qu’à l’étourneau, Sturnus vulgaris, d’Amérique du nord. Cette définition de la biodiversité ne pourrait en fait avoir qu’un fondement normatif quasi inexistant par rapport à utiliser des moyens, toujours limités, pour la préservation de ces deux espèces. Celles-ci sont des espèces invasives largement répandues et dont le nombre d’individus devrait probablement être contrôlé. Dans le cas présent le but de la conservation en biologie a pris le mauvais tournant et se retrouve avec une base normative qui n’est sans doute pas la bonne par rapport à la protection de la biodiversité. Avoir des normes décisionnelles précisant ce qui doit être inclu dans la définition de biodiversité est essentielle pour savoir ce qui devrait être protégé.
Il y a aussi le problème épineux des valeurs culturelles locales qui peuvent se retrouver en conflit par rapport à des valeurs globales en ce qui concerne leur point de vue par rapport à la définition de la biodiversité. Si les valeurs locales ont la préférence, cela se traduit par la mise de côté des critères scientifiques en tant qu’outil pour définir la biodiversité et la mise en place d’un plan correspondant de conservation. Les valeurs universelles supposées sous-tendre un plan de biodiversité peuvent être moyennement appréciées au niveau local, là où on prévoit de les mettre en application. Ainsi quand ce sont des valeurs universelles qui édictent quelle forme devrait prendre un plan de biodiversité, quels éléments devraient en être prioritaires cela peut avoir pour résultat des conflits politiques et aboutir à la marginalisation et la mise en difficulté de groupes de personnes qui ont au départ les plus petites ressources. Par exemple, des zones de conservation ont été créées dans le “monde en développement” (“les pays du sud”) dans le but de protéger des espèces menacées parce qu’elles sont perçues comme ayant une grande valeur aux yeux des environnementalistes des pays du nord. Beaucoup de voies se sont élevées dans le sud critiquant ce qu’elles appellent l’arrogance des conservateurs de la biodiversité qui vivent dans les pays du nord.
5. Comment faire coexister biodiversité et d’autres concepts environnementaux ?
Le concept de biodiversité est récent. Dans le contexte des politiques publiques il est inévitable qu’il s’articuler avec d’autres concepts préexistants et qui perdurent comme celui d’habitat laissé à l’état sauvage, de gestion des ressources d’un écosystème. En Australie et aux USA on a malheureusement tendance à considérer qu’un écosystème laissé à l’état sauvage c’est automatiquement en préserver la biodiversité. Un tel concept peut correspondre aux buts d’un plan de conservation de la biodiversité mais ce n’est pas toujours le cas. Par exemple l’absence d’intervention humaine conduisit à la baisse de la biodiversité aviaire dans la parc national indien Keoladeo Ghana. Dans ce cas-ci la préservation de l’état sauvage d’un habitat allait à l’encontre de la conservation de la biodiversité. Vu les difficultés associées au concept de biodiversité, une autre façon de concevoir la préservation des écosystèmes a trouvé son mot à dire, c’est l’intégrité écologique. Avec ce concept on met l’accent sur l’importance d’éviter la fragmentation de l’écosystème par tout type d’installation, de construction. Le concept de biodiversité a un talon d’Achille puisqu’il est lié à la protection de la biodiversité elle-même ce qui peut résulter en l’énoncé de normes ne prenant pas suffisamment compte de la complexité du contexte particulier dans lequel elles vont être appliquées et qui vont se retrouver en conflit avec d’autres valeurs.
Bibliographie
[1] Sarkar, Sahotra. « Biodiversity. » Encyclopedia of Environmental Ethics and Philosophy, edited by J. Baird Callicott and Robert Frodeman, vol. 1, Macmillan Reference USA, 2009, pp. 104-109.
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Le déclin des populations de vertébrés terrestres, témoignage de la 6ème extinction de masse

Abstract
La 6ème extinction de masse est en cours. La disparition et la décimation des espèces animales sont corrélées avec les activités humaines. Ces observations sont basées sur l’étude d’un échantillon de 27600 espèces de vertébrés terrestres. Une analyse fine de 177 espèces de mammifères démontre une tendance à leur extinction entre 1900 et 2015. Le déclin de ces populations est à la fois quantitatif, au moins 30%, et s’accompagne d’une diminution de l’étendue de leur zone de vie. Le fonctionnement des écosystèmes va en souffrir de plus en plus et nos sociétés en subiront les conséquences.
Introduction
En un siècle nous avons perdu 200 espèces de mammifères ce qui aurait dû prendre 10000 ans si on se base sur la vitesse de disparition des espèces sur 2 millions d’années. Mais la disparition de deux espèces de vertébrés par an souvent peu connues et dont l’habitat est restreint n’a pas une grande répercussion sur l’opinion publique. Certes les scientifiques ont bien fait passer le message à propos d’un déclin de la biodiversité en général, mais aussi qu’on n’a pas franchi un seuil de non retour. Il y a même de fervents partisans du faire machine arrière grâce aux progrès de la technologie ‘à la Jurassic Park’, mais la “déextinction” du point de vue de booster la biodiversité c’est très certainement un non sens https://tinyurl.com/y8lj6gpc .
Causes du déclin de la biodiversité des mammifères :
• Disparition de l’habitat
• Surexploitation des écosystèmes
• Espèces invasives
• Pollution
• Accroissement des émissions toxiques
• Dérèglement climatique
Les auteurs ont construit leur échantillon d’espèces avec des vertébrés terrestres qu’ils soient communs ou menacés. Cette approche donne de meilleurs résultats par rapport à l’estimation du déclin des populations de vertébrés que si on ne considérait que les espèces en péril.
Résultats

Les vertébrés terrestres subissent des pertes significatives au niveau des populations qui les constituent ; ceci s’accompagnent d’une diminution globale de leur nombre. Tous sont touchés, partout, et quel que soit leur statut en conservation biologique (commun ou rare) :
The percentage of species of land mammals from five major continents/ subcontinents and the entire globe undergoing different degrees (in percentage) of decline in the period ∼1900–2015. Considering the sampled species globally, 56% of them have lost more than 60% of their range, a pattern that is generally consistent in Africa, Asia, Australia, and Europe, whereas in South America and North America, 35–40% of the species have experienced range contractions of only 20% or less. (See text for details.)
Percentage of local population extinction in 177 species of mammals in 1° × 1° quadrats, as an indication of the severity of the mass extinction crises. The maps were generated by comparing historic and current geographic ranges (49) (SI Appendix, SI Methods). Note that large regions in all continents have lost 50% or more of the populations of the evaluated mammals. Because of the small sample size, biased to large mammal species, this figure can only be used to visualize likely trends in population losses.
Discussion
L’extinction de masse actuelle des vertébrés terrestres a été sous-estimée, parce qu’on a pris l’habitude de ne se préoccuper que des espèces en péril. D’autres études ont montré que les invertébrés terrestres sont sujet à une extinction de masse similaire à celle subie par les vertébrés terrestres. Pour ce qui est des plantes, il y a eu moins d’études à ce sujet ; les auteurs pensent qu’elles subissent aussi un extinction massive, mais cela reste de l’ordre d’une l’hypothèse pas encore suffisamment étayée. On observe toutefois qu’une diminution du nombre des populations animales conduit à des changements au niveau des espèces végétales d’un écosystème. La biodiversité végétale diminue au profit de quelques taxons (= groupes) dominants de plantes. Quant aux changements de biodiversité pour les microorganismes, ils restent encore très mal connus.
Le déclin du nombre des populations et des espèces de vertébrés conduit aussi à une perte de la diversité des interactions entre les animaux, plantes et microorganismes d’un écosystème. On perd aussi beaucoup de l’information génétique qui pourrait se révéler nécessaire à la survie d’une espèce dans la situation où elle devrait s’adapter rapidement pour survivre, or l’environnement global change rapidement.
Dans cette étude les auteurs se sont focalisés sur la biodiversité des vertébrés terrestres. Leur déclin pourrait avoir un effet de cascade sur les écosystèmes où ils vivent. A terme on peut aboutir à une réduction qualitative et quantitative de la biodiversité aux conséquences écologiques très sérieuses. Comme nous sommes très largement dépendant de l’environnement du point de vue des ressources dont nous avons besoin pour vivre on peut aussi prévoir que des conséquences majeures se feront sentir dans les domaines économique et social. Or à notre connaissance seule la planète Terre dispose d’écosystèmes compatibles avec la vie humaine dans tous les recoins accessibles ou non de l’univers connu. Cela vaudrait bien le coup de se dépêcher d’enrayer le déclin globale de la biodiversité !
Conclusion
Les déclins de populations surviennent avant les extinctions d’espèces. Il est donc malheureusement tout à fait possible que la sixième extinction de masse de la Terre soit déjà bien plus avancée qu’on ne l’a cru jusqu’ici. Les écosystèmes fournissant les ressources dont nous avons besoin pour vivre sont fragilisés par ces déclins. Même si l’opinion publique est sensibilisée aux problèmes écologiques, elle ne l’est le plus souvent que par le biais d’un très faible pourcentage des espèces existantes. On omet de prendre en compte la pression d’extinction à laquelle la faune et la flore sont globalement soumis quelle que soit l’abondance de leurs espèces.
Ce déclin de la biodiversité est due à des causes naturelles et humaines. Nous pouvons agir sur ces dernières si nous reconnaissons que la population humaine surconsomme par rapport aux ressources actuelles auxquelles elle a accès sur Terre. La croissance sans limite d’une population et de ses activités dans un monde fini n’est pas un scénario sur lequel on peut miser. Les auteurs pensent qu’on peut encore agir, mais il faut le faire vite, au cours des deux ou trois décennies qui viennent. Sinon le futur du vivant va tourner au glauque et les êtres humains n’y échapperont pas.
Bibliographie
Biological annihilation via the ongoing sixth mass extinction signaled by vertebrate population losses and declines. Ceballos G, Ehrlich PR, Dirzo R. Proc Natl Acad Sci U S A. 2017 Jul 25;114(30):E6089-E6096. doi: 10.1073/pnas.1704949114. Epub 2017 Jul 10.
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Merci à toutes celles et tous ceux qui ont participé au Café Sciences de lundi ! Ce fut super agréable et convivial ! Rachel est excellente et je crois qu’elle pourra revenir à la fin de l’année et/ou en 2019 pour d’autres sujets de sciences 🙂
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